Zone euro : L’impérialisme de la crédibilité

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. Les démissions successives de dirigeants européens sous la pression des marchés, posent une question démocratique.

La démission de George Papandreou, la sortie de Sylvio Berlusconi sont imputables à la pression des marchés. Du coup, pour certains cela représente une atteinte grave aux principes de la démocratie. En théorie, ce n’est pas faux mais ce n’est pas nouveau. C’est vrai en politique et dans l’entreprise depuis longtemps.

Le résultat avant l’élection

Juridiquement, c’est le peuple qui désigne les gouvernants. Les électeurs apportent ou retirent la légitimité du pouvoir. Dans les faits, c’est très différent. José-Luis Zapatero en Espagne va démissionner sous la pression des médias et des rumeurs. George Papandreou en Grèce, démissionne parce que l’Europe toute entière le lui a imposé. Enfin en Italie, Berlusconi s’accroche mais ce sont les marchés financiers qui vont lui couper les vivres et l’obliger à partir. Alors oui, tous les docteurs en démocratie ont des raisons de s’offusquer.

C’est le même phénomène dans les grandes entreprises. Les patrons qui tiennent leur pouvoir des actionnaires, peuvent le perdre sous la pression des clients, des salariés et des médias. Daniel Bouton, ex-patron de la Société Générale a dû partir après l’affaire Kerviel. Anne Lauvergeon,  a été débarquée d’Areva sous la pression conjuguée de la politique et du corps des mines. Enfin, Thierry Desmarais, l’ex-patron de Total ne s’est jamais relevé de la catastrophe AZF dont il n’était évidemment pas responsable.

Question de crédibilité

Le moteur de ces changements, ce n’est pas le vote ou les résultats. C’est l’appréciation de la crédibilité. Les marchés, les clients et les opinions publiques jugent les responsables exactement comme des agences de notation. Ils jugent les résultats, les promesses et la crédibilité. C’est-à-dire, le comportement, la loyauté, la cohérence, la responsabilité, la morale et l’exemplarité. Quand Nicolas Sarkozy passe son week-end à essayer de résoudre la crise, il gagne en crédibilité. Quand François Hollande signe des autographes à la foire du livre de Brive-la-Gaillarde, il hypothèque sa crédibilité. Autre exemple, personne ne pense aujourd’hui que Berlusconi soit fréquentable.

Alors oui, ça devance parfois le verdict démocratique comme en Grèce. Mais ça le complète aussi très souvent. Les électeurs tout comme les actionnaires ont besoin de loyauté, de vérité et de cohérence. Ce n’est pas nouveau, mais la crise a éliminé les tentations démagogiques et les promesses intenables.